Feb 072017
 
DT

Le 31 janvier 2017, sur son blog, l’organisme en charge de la gouvernance technique de l’Internet prend la parole.

L’ICANN ne dénonce pas directement le décret signé par Donald Trump interdisant l’accès aux US pour les ressortissants d’Iran, Irak, Lybi, Somalie, Soudan, Syrie et du Yémen. Mais l’organisme, qui reste régit par la loi californienne même s’il s’est affranchi de la tutelle du gouvernement américain fin 2016, reconnaît être impacté.

“Nous sommes un organisme international dont le fonctionnement dépend de la participation ouverte, inclusive, transparente et responsable de bénévoles du monde entier,” rappelle l’ICANN. “Nous encourageons tous les gouvernements à soutenir la liberté de participer aux travaux de l’ICANN et d’organismes similaires.”

Les propos peuvent paraître mesurés, mais à l’aune de la diplomatie internationale, ils sonnent comme une critique à peine voilée du décret signé par le nouveau président.

Interdits de réunions

Celle-ci se comprend. Le Conseil d’Administration de l’organisme est composé de 20 membres issus des 5 régions géographiques reconnues par l’ICANN: l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Asie. Ses membres se réunissent fréquemment afin de superviser le travail de coordination des identifiants techniques de l’Internet que sont les noms de domaine et adresses IP.

Or le décret Trump a un premier effet concret : un des administrateurs de l’ICANN a dû annuler sa participation à une réunion prévue cette semaine à Los Angeles. Il se murmure qu’un autre administrateur, domicilié cette fois aux USA mais ressortissant étranger, ne pourra se rendre à la prochaine réunion internationale de l’ICANN organisée à Copenhague en mars par peur de se voir ensuite refuser le droit de rentrer chez lui.

Ces réunions internationales sont la partie visible d’une gouvernance technique de l’Internet construite autour d’une participation de milliers de bénévoles réunis en groupes de travail, chacun planchant sur différents aspects du fonctionnement des noms de domaine. Or il n’y a pas que le conseil d’administration de l’ICANN qui est impacté. Les membres de ces groupes de travail vont aussi devoir réfléchir à deux fois avant d’aller participer aux réunions techniques de l’Internet.

Exit les US ?

Même si le décret est invalidé dans le cadre de la procédure de justice actuellement en cours, l’incertitude vis-à-vis des US et de son actuelle présidence va perdurer.

La solution ? Ne plus prévoir de réunions aux Etats-Unis. L’ICANN, ainsi que d’autres pièces maitresses de l’Internet technique comme l’IETF (Internet Engineering Task Force) y réfléchiraient. Si l’idée prend corps, la conséquence imprévue du décret Trump pourrait être une perte d’influence américaine sur l’Internet.

Soit tout le contraire de ce pourquoi le parti Républicain milite depuis la décision courageuse de l’administration Obama de rendre l’Internet au monde en mettant fin au droit de véto unilatéral des américains.